Les Charités du diocèse d’Évreux : deux siècles d’histoire entre déclin et renouveau

Dans son étude publiée en 1981 dans Études Normandes, Nicole Zapata-Aubé retrace l’évolution des confréries de Charité du diocèse d’Évreux depuis le début du XIXᵉ siècle. L’article montre comment ces confréries, profondément ancrées dans les villages normands, ont connu une période de grande expansion avant de subir un long déclin.

Après leur interdiction pendant la Révolution, les Charités reprennent officiellement leurs activités au début du XIXᵉ siècle. Leur essor est spectaculaire : 65 Charités sont recensées en 1803 et 554 en 1842, couvrant alors près des trois quarts des communes du diocèse. Elles jouent principalement un rôle auprès des défunts et participent pleinement à la vie religieuse et sociale des paroisses.

À partir de 1842, un conflit oppose toutefois plusieurs confréries à l’évêque d’Évreux, qui souhaite leur imposer un règlement commun. Certaines refusent et sont dissoutes. À la fin du XIXᵉ siècle, l’enquête menée par Édouard Pelay en 1899-1900 ne recense plus que 318 Charités en activité.

Ce recul s’explique par plusieurs transformations de la société rurale : dépeuplement des campagnes, exode rural, développement du travail industriel et difficultés de recrutement. L’évolution des pratiques funéraires joue également un rôle important. Le remplacement du port du cercueil à bras par l’utilisation de chars mortuaires modifie profondément le fonctionnement traditionnel des confréries.

Le début du XXᵉ siècle apporte de nouvelles difficultés. Les lois de 1901 et 1904, ainsi que la séparation des Églises et de l’État en 1905, interviennent dans une période où les Charités sont déjà fragilisées. Dans certaines communes, des tensions apparaissent entre confréries et municipalités ; ailleurs, les Charités parviennent à poursuivre leur activité.

Les deux guerres mondiales accentuent ensuite leur déclin. En 1928, seules 180 Charités peuvent encore être localisées. Après la Seconde Guerre mondiale, un mouvement de renouveau se dessine cependant : en 1947, un rassemblement organisé à l’occasion du 7ᵉ centenaire de la Charité de Giverville réunit 80 confréries. L’année suivante est créée, avec l’appui de l’évêque d’Évreux, l’Union diocésaine des confréries de Charité.

En 1981, au moment où l’article est publié, certaines Charités sont encore fragiles faute de nouveaux membres, tandis que d’autres connaissent un véritable renouveau. L’étude cite notamment la Charité de Saint-Aubin-le-Vertueux, reconstituée en 1980 après avoir disparu en 1905. L’avenir des confréries apparaît néanmoins lié à leur capacité à transmettre leur tradition et à éviter que leurs costumes, bannières et cérémonies ne deviennent uniquement des éléments folkloriques.

Cette étude montre ainsi que l’histoire des Charités n’est pas celle d’une disparition linéaire : après un âge d’or au XIXᵉ siècle, elles ont connu de profondes transformations, certaines disparaissant, d’autres se maintenant ou renaissant. Leur histoire accompagne ainsi les grandes évolutions religieuses, sociales et rurales de l’Eure.

Pour consulter l’étude :

https://www.persee.fr/doc/etnor_0014-2158_1981_num_30_4_2516

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